mardi 28 mai 2013

En avoir ou pas.

Depuis toujours je subis cette double injonction : "tu fais comme tu veux, rien n'est obligatoire" / "mais ça serait tellement merveilleux"...



Forcément la question me travaille. Je dirais presque que c'est LA question.

Déjà quand j'étais petite, je voulais des jumelles rousses. Ou un bébé noir. Comme si ça commandait à Noël. Puis je dessinais la maison de mes rêves, avec toutes les chambres qu'il faut. Ensuite logiquement j'ai pas mal joué aux Sims. Avec cette jubilation de la projection d'une vie parfaite, d'une famille géniale (tous artistes, drôles et sociables), d'une maison démesurée surtout grace aux cheat codes, j'avoue.

Quelque part, je me suis toujours considérée comme pas assez adaptée ou conforme, trop cynique pour penser que ça me concernait aussi. Pourtant ma première séance chez le psy, à la fac, ma requête a été la suivante : "ce problème avec la bouffe, je veux que ça s'arrête avec moi, je ne veux pas le transmettre à mes enfants". Ah donc si en fait, ce projet existait quand-même, malgré mon déni ?

Après il y a eu toutes ces questions du style "mais où va le monde ?!" Comment serait-il possible de donner la vie dans ce contexte ? Environnement, crise économique, la société qui prend une pente rétrograde... puis mon contexte particulier, une certaine errance, l'envie d'ailleurs, la liberté pour ne pas dire l'instabilité, la dèche, le besoin de vivre au jour le jour. Ça ne serait pas sérieux.

Tombée amoureuse le projet prenait du sens, pourquoi pas mais "pour plus tard". Ce fameux moment propice qui n'arrive jamais, auquel les amis qui sont déjà parents me disent d'arrêter de croire.
Retombée amoureuse, le désir est apparu, impérieux. Fou, pas sérieux. Enthousiasmant et flippant en même temps. Un désir partagé en plus. Avec toute cette dimension magique du mélange de "nous" !

J'ai découvert le blog d'A N G E L il y a quelques années. J'ai lu avec attention les aventures de la Lutine et de Pitigasson. J'ai attendu avec impatiente l'arrivée de la Boulette. J'ai ri aux réparties de la Patate. Surtout j'ai réalisé qu'on pouvait avoir trois enfants et suivre un nombre incroyable de séries, jouer à Candy Crush et tenir un (des) blog(s). Même être instit, ce que je n'ai pas réussi à faire tellement la charge de travail m'a paru lourde (comparée au résultat, essentiellement).


Des gens comme ça, ça rassure, ça motive, ça inspire.

Ok ya Gandhi, Martin Luther King, Kumi Naidoo...

Mais il y a aussi les héros du quotidien, qui nous montrent qu'être parent ne signifie pas être coupé du monde, n'implique pas un renoncement total au fun, ne se vit pas comme un sacerdoce. Je sais, ya du boulot, ça demande de l'énergie ces ptits bouts de nous, ça coûte cher mais la vie avec eux, c'est chouette.

Alors oui. Je veux. J'espère. Je prierais presque si je croyais en quelque chose.

Et même si je n'ai jamais complètement réglé mon problème avec la bouffe, que je suis encore parfois un peu bancale, ça fait tellement longtemps que j'y pense que je suis prête, si on peut être prête à l'inconnu. Je sais que je ferai souvent les bons choix. Et parfois quelques conneries aussi, bien sûr.
Hey petit humain, c'est le bordel mais c'est la vie, on t'attend ! Tu arrives ou quoi ?

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Même si je n'ai jamais vraiment douté que "un jour, plus tard, quand je serai grande / plus vieille/ je voudrai des enfants..." je suis aussi arrivée à un moment, une période d'interrogations et d'angoisses où je me demandais : "mais c'est quand plus tard ? Est-ce que c'est maintenant ? pourtant je ne me sens pas plus prête et capable, plus "adulte", qu'hier et si je n'étais jamais prête, jamais capable ?"
Et moi aussi j'ai eu une illumination, mais moi c'était en voyant des connaissances venir dans une grande fête entre potes avec leurs enfants : oui devenir parents, ce n'est pas changer fondamentalement qui on est, et ce n'est pas non plus une entrée au monastère! c'est juste la même vie qu'on a, mais avec des enfants; pas la vie de quelqu'un d'autre, juste la sienne, avec quelque chose de différent.

Et là, du coup, j'ai su que c'était maintenant, "plus tard". Et que oui, j'étais capable de mener ma vie, pour le meilleur et pour le pire (et jusqu'ici le meilleur l'emporte).

Flore

Edith a dit…

Merci Flore, je comprends bien ce que tu ressens.
J'ai retrouvé des amis après quelques années, une fois devenus parents, je les ai vraiment "reconnus", retrouvés pour de vrai tel que je les connaissais. Et ça a fait parti du cheminement. C'est sûrement un bouleversement mais on ne devient pas quelqu'un d'autre, ça met à jour une nouvelle facette à notre personnalité, j'ai l'impression.

En fait on devrait aouter une ligne à notre CV !