jeudi 31 juillet 2014

Neuf mois et moi

Décembre - Incrédulité

J'avais l'impression que ça ne marcherait jamais, que ça arrive aux autres mais pas à moi parce que quelque part, je ne dois pas être tout à fait normale, d'équerre. Puis j'avais sûrement fait des trucs pas très sains dans ma vie, entre le coca et la cigarette... logique que ça me retombe dessus !

En fait non, pour être franche, au tout début j'ai pensé que ça avait marché du premier coup. Forcément après des années d'éducation, de prévention, j'étais conditionnée par une sorte de peur, oups, j'ai déconné ! avec pour réflexe la pilule du lendemain. Ce qui est arrivé je crois 5 fois en quinze ans de vie sexuelle et dans le lot un pharmacien pour me dire "mademoiselle faut arrêter, à la longue ça peut être dangereux !" Wait... what ? Forcément ce genre de remarques resurgit, même des années après, quand on a l'impression que ça ne fonctionne pas normalement là-dedans.

De faux espoirs en retards psychosomatiques, j'ai commencé à me dire que bof ça viendra quand ça viendra, et si ça ne vient pas, on se posera des questions plus tard, voire même on pourra envisager notre vie sans, après tout c'est possible aussi.

Une copine gynéco me prescrit un tas d'examens. Les résultats sont corrects, dans la moyenne, vu mon âge tout ça. Rien de formidable mais rien de grave non plus. Ce que je ne sais pas en faisant tous ces examens c'est qu'en fait une petite cellule a déjà commencé un grand voyage à l'intérieur, là.

Et puis j'ai tellement répété hors de question d'être enceinte en été, je veux dire une fin de grossesse en juillet / août ça doit être l'enfer, non ? que je pensais que mon corps avait bien compris le message. Haha comment il se fout de ma g... mon corps !

Du coup il a fallu m'inciter à faire le test, je ne voulais pas, si c'était pour être déçue encore. Bon de toute façon j'allais chercher des croissants, la pharmacie est juste à côté de la boulange. Je me souviens avoir pensé que le pharmacien n'avait pas l'air très dégourdi, que son test était bien cher pour ce que c'était et que ça ferait chier que ça soit ce test-là le fameux test décisif qui allait changer ma vie.
Haha bis.

Je l'oublie en lieu sûr pendant que je fais le café. J'entends de là-bas "il faut quoi pour que ça soit positif, le test ?" - "chaipas, deux traits je crois, ya la boîte à côté, t'as qu'à regarder !" Silence total. Il sort, il est tout blanc. Je le prends dans mes bras, je t'avais bien dit que c'était encore un faux espoir. Si j'étais enceinte je le saurais, hein !
Puis j'y vais pour le jeter. Je note les deux traits roses. Et je pense ah tiens, il déconne ce test ! Un quart de seconde je me demande même qui a laissé traîner ça là ! Puis le déni finit par tomber, je réalise que ça me concerne, ce truc, que si, c'est bien positif. Je sors de cette minuscule pièce où on étouffe, il est débout, me regarde, il rigole, on ne sait pas si on doit sauter de joie ou s'asseoir pour encaisser le choc, c'est n'importe quoi, ce moment. Je me sers un café, une cigarette, la dernière pour marquer le coup, pour me remettre de l'émotion. J'ai envie de le dire au monde entier, parce qu'il m'arrive un truc, là. Et pas n'importe quoi, bordel ! Quand il part au boulot, il me fait jurer de ne pas le révéler, faut d'abord vérifier, être sûr. J'obtiens une dérogation pour mon frère et ma meilleure amie. J'envoie la photo de l'objet annonciateur. Mon frère se demande d'abord qui est enceinte, parce ce que si c'est bien la copine à qui il pense, c'est mal barré, elle vit dans un studio minus, merde elle déconne quoi ! Je ne suis donc pas seule dans mon déni ! Ma meilleure amie capte tout de suite, elle a une réaction joyeuse et normale qui me fait du bien, me permet d'atterrir, de revenir dans le monde des vivants. D'ailleurs on rigole. Ya une faute d'orthographe sur l'emballage du test, mon frère me demande si je l'ai acheté chez le rebeu du coin. Je me disais bien qu'elle était naze cette pharmacie...



Test sanguin le lendemain, clairement positif, il se passe bien quelque chose, c'est donc vrai. Je décide de ne rien dire à ma mère pour une petite semaine encore, sait-on jamais, elle attend d'être grand-mère depuis 15 ans, ça serait trop dur pour elle si ça ne tenait pas. L'amoureux peut partir tranquille fêter Natale en famille et Capodanno avec ses copains d'enfance, loin là bas, comme c'était prévu.


Janvier - Secret

Je n'avais pas pensé passer cette période de fêtes aux urgences un jour sur deux.
Il m'arrive un truc et je ne peux rien dire, même quand c'est dur et que je suis toute seule aux urgences. C'est normal que ça ne tienne pas, j'en étais sûre, ça ne peut pas m'arriver à moi, je n'aurais pas dû faire le test, je n'aurais rien su. Mais le taux d'hormones est tout de même super élevé alors qu'on ne voit rien à l'écho. C'est de ma faute aussi ça, j'ai un bourrelet persistant, ça brouille la machine, tout ce gras, je suis sûre. "Si vous voulez que ça tienne, faut rester tranquille, madame !" Ok donc encaisser, ruminer, cogiter, patienter, m’énerver. Et même souhaiter que ça s'arrête là, parce que merde, ça m'empêche de vivre, tout ça pour rien sûrement ! Et regretter tout de suite après, non non petites cellules, accrochez-vous, je vous en prie !
Premier achat de grossesse : un lot de DVD à la FNAC, histoire de penser à autre chose et me tenir tranquille.

La veille du retour de l'amoureux, les deux internes des urgences arrivent enfin à voir quelque chose qui, ça tombe bien, explique le taux d'hormones qui crève le plafond "ah bah tiens, y'en a deux !"
Heu, pardon ? "Allez vous faire suivre en ville, là on a du monde madame."

Choc, encore une fois. Je me pose à la cafet', complètement abasourdie, je téléphone avec mon portable hors de France, tant pis pour l'explosion de forfait, de toute façon face au mindblow que je viens de me prendre, ça ne fait pas le poids...
Pendant dix jours nous en parlerons au pluriel. Mais ya une aide financière, la caf, je ne sais pas ? On n'a pas fait exprès, quoi ! J'ai peur, ça me paraît difficile de gérer deux bébés en même temps. J'entends les avis "vous en vouliez deux, bah voilà c'est fait ! Ils vont traverser les mêmes phases en même temps, tu n'auras pas à courir après le premier pendant que tu allaiteras le deuxième !" Pragmatique, je me fais à l'idée. Je surmonte le choc gémellaire.
Puis l'écho de contrôle "en ville" vient détruire cette belle résilience. Je suis un peu déçue, l'amoureux est carrément en deuil. Un sac vitellin vide et à côté, un mini-cœur qui bat. C'est déjà bien, après toutes ces peurs encaissées aux urgences. Y'a de la vie !
Je me dis qu'il ne faudra jamais cacher cette info à l'enfant qui va venir. Je lui dirai simplement, sans dramaturgie particulière qu'il y avait deux sacs, deux poches mais que c'était comme une chambre d'ami en bonus, au cas où, si quelqu'un avait envie de venir. Entre nous on finit par en rire en disant que c'est le evil twin qui a choisi de se casser devant tant de bisounoursitude en moi.

J'ai des nausées infernales, je fais des siestes de trois heures, je ne peux plus bosser, je ne peux toujours rien dire, on s'est promis d'attendre la première écho officielle des douze semaines. Les rares personnes au courant n'en font pas trop, même ma mère se tient bien, alors que je sais qu'elle n'attend qu'une chose, pouvoir sauter de joie et le clamer à la Terre entière.

Quelques copines s'interrogent tout de même au sujet de cette drôle de gastro récidivante qui m'empêche de sortir pendant plusieurs semaines...
L'attente ne m'a jamais parue plus insupportable, plus longue.

Février - Être vivant

Arrive enfin l'écho des douze semaines. Mais je suis toujours méfiante. Je m'attends à ce qu'on m'annonce un truc pas cool. Forcément, le coca, la clope, pas d'équerre, tout ça.
Pour le coup je suis cueillie. Ébahie devant l'écran, l'image, devant ce petit être vivant qui bouge dans tous les sens, qui ressemble déjà à un être humain, avec des doigts et tout. Qui décide tout seul comme un grand de monter, descendre, pédaler et nous tourner le dos.

C'était une sensation indescriptible, peut-être le plus gros choc de ma vie.
J'ai commencé à prendre conscience que je n'étais pas une nana avec un symptôme, qu'être enceinte ce n'est pas comme être grippée pour 9 mois, ou être embauchée pour un CDD de 9 mois. Mais que c'était être moi + un autre être vivant. Bon dit comme ça, ça sonne complètement schizo. Porter la vie, tout ce blahblah de hippie, ça n'avait pas grand sens pour moi. Pas en terme émotionnel, empirique en tout cas, parce que je ne suis pas débile, je sais bien ce que ça veut dire, en terme de projet de vie et de responsabilité, mais de manière un peu lointaine et abstraite, théorique en tout cas. Là je me suis pris la concrétude de la vie dans la face. Wow.

Mars – Avril – Mai etc.

C'est un sentiment super agréable d'annoncer cette grande nouvelle aux amis. Pour une fois qu'il y a un motif de réjouissance ! Je sens que, même si en général c'est une convention, les sourires sont sincères. On est tous conditionnés pour trouver ça joyeux, l'arrivée d'un nouvel être humain sur cette planète, malgré tous les trucs pourris qu'on peut voir. Ce qui nous fait rire, c'est ce systématique félicitations ! On se demande quelle performance nous avons accompli ce jour dont nous n'avons pas souvenir, c'est limite indécent !
Je sais que je vis un truc d'une grande banalité et en même temps complètement fou, magique, merveilleux.
On guette le moment où ça va commencer à se voir. Mais je ne comprends pas, ça ne ressemble pas à ce que je pensais, sauf si mon utérus se situe à la place de mon estomac. Je considère que ce sont juste des kilos en trop, à cause de l'inactivité. Il s’avérera que c'est pourtant bien comme ça que je porterai mon ventre de grossesse, en haut, en patate et pas en ballon. Tant pis, je ne serai pas un modèle de femme enceinte.
La deuxième écho donne un visage à ce petit être humain que l'on commence à sentir bouger. Je crois que nous l'avons sollicité super tôt et habitué au contact, à la communication, dans une sorte de joyeuse haptonomie sauvage.
Je commence à l'aimer. Sans comprendre comment, ni pourquoi, je ne le connais pas encore, après tout, ce bébé. Je renonce à être rationnelle. Je sens que ce qui apparaît en moi est incontrôlable de toute façon. Je ne sais pas s'il s'agit d'instinct, de ma propre construction psychique, d'un truc mystique, je m'en fous en fait. Je l'aime et je pourrais me dresser contre le reste du monde pour le ou la défendre, je le sens. Depuis, ça ne m'a pas quitté. Ce n'est pas que de l'amour, c'est mêlé de respect pour son individualité, d'admiration, bluffée que je suis depuis la première écho qui le montrait volontaire, actif, presque indépendant malgré le système qui nous relie, nécessaire à sa vie. D'espoir et de projection aussi, je dois le reconnaître.
Un premier surnom, Fluffy, comme une petite boule de poil facétieuse qui habite dans mon corps, une image pour rigoler, pour être un peu moins impressionnée. Présence humaine inconnue, avec qui nous communiquons, jouons, qui bouge beaucoup et qui m'accompagne partout.
Je ne perds pas de vue qu'à la naissance ça ne sera plus Fluffy mais une vraie personne, et que je m'attends à ressentir ce même choc devant son "individualité" que lors de cette première prise de conscience de la vie que cela représente, mais en plus fort, en encore plus vrai. C'est une expérience qu'il me reste à vivre, on verra.
Je commence à retrouver de l'énergie, à me sentir mieux, à m'habituer à mon corps bizarre. Mais je découvre un nouveau problème et avec, de nouveaux sentiments : la culpabilité et l'inquiétude pour quelqu'un dont je suis responsable. Ma glycémie déraille complètement, il faut que je me tienne bien. Les fois où je craque, le sucre c'est mon point faible, je pleure, écrasée par la culpabilité, je chouine comme une débile mon petit je ne veux pas te faire de mal, je suis désolée. C'est complètement con mais ça fait partie des choses que je renonce à contrôler. Mon frère me rappelle que c'est un peu tôt pour me juger comme étant une mauvaise mère. On verra quand il ou elle redoublera sa seconde, ou quand j'irai le ou la chercher en gardav.

Août – Demain

Voilà, nous y sommes.
Août c'est demain. A priori le mois de sa naissance. Sauf si je dois faire du rab, mais on m'a dit d'anticiper, au contraire.

Les sacs sont prêts, les vêtements propres, la chambre est presque finie. J'ai bien aimé cette phase de préparation, même si c'était entre autre avoir l'air nunuche, les larmes aux yeux devant les petits pyjamas et les mini-couches, tant de mignonitude je ne suis pas habituée.
En plus, c'était pendant les soldes, j'ai pu satisfaire la radine en moi, haha quelle affaire j'ai fait avec ces packs de bodies à moins 50% ! Sauf que si c'est un gros bébé comme on me le prédit, il ne les mettra que quinze jours. Bon.
Je me prépare pour l'accouchement, je révise les mouvements du bassin, les escaliers en biais, le ballon pilate, j'ai lu Gasquet. Je suis allée aux réunions pour l'allaitement, le mode de garde, les prestations CAF.
Nous avons réussi à nous mettre d'accord sur les prénoms, après divers rebondissements - ne jamais demander l'avis des autres.



J'envisage les éventuelles complications, la césarienne, le déclenchement, avec le plus de sérénité possible.
J'ai trouvé de super blogs, avec de bons conseils, notamment pour compléter cette fameuse liste. La tête de la pharmacienne quand je lui demande des patchs lissants pour les yeux "on vous demande ça à la maternité ?!"
Bah non mais c'est pour les photos, je veux dire, pour la postérité je veux être au mieux !


J'ai pu discuter avec plein de monde, me rassurer, m'informer, apprendre plein de choses, j'ai trouvé des témoignages dans ces blogs, des histoires rigolotes ou poignantes de début parfois difficiles, de suites pas toujours simples, de vies de famille qui s'organisent et à quel point c'est chouette tout ça.
Je ne sais pas si je suis prête, de tout façon l'est-on jamais ? C'était déjà la question il y a un an. Est-ce que ça se décrète ? Je pense que finalement c'est de l'impro tout ça, de l'adaptation. J'en suis capable, donc tout va bien.



mercredi 11 décembre 2013

Le Monde à l'Envers

Le pillage des fonds marins validé par le Parlement Européen,
Le nucléaire subventionné malgré son obsolescence et le danger qu'il représente,
La stigmatisation des Roms, des Noirs, des Arabes, des Roux, des Gros,
L'inégalité de droits entre homos et hétéros, entre hommes et femmes,
La crise pour rembourser les intérêts des banques, faire tourner la bourse,
La fin de la neutralité du Net, discrètement, assurément,
Les expulsions toujours plus nombreuses, programmées, appliquées,
La mainmise des grands exploitants occidentaux sur les ressources naturelles du Sud,
Les prisons surpeuplées sans moyens de contrôle, de réinsertion, de résilience,
Les conditions d'élevage des animaux, les émissions de gaz à effet de serre qui suivent,
Le sexisme commun et quotidien, à la télévision et dans les médias en général,
La peine de mort pour Homosexualité ou Athéisme appliquée encore pas si loin,
Le taux de chômage qui augmente toujours, sauf en cas de radiation massive,
L'attente d'une croissance qui ne viendra jamais et le déni d'alternative de nos dirigeants,
Les perturbateurs endocriniens partout tout le temps, les additifs, les addictifs,
Le descenseur social, les intellos-précaires, la précarité intellectuelle,
l’Échec de l’Éducation Nationale, la souffrance des élèves, la dépression des éducateurs,

Il y a tant de pétitions à signer, tant de manifs à faire, tant de sujets qui nous touchent directement et pour lesquels nous devrions nous battre et pourtant rien ne se passe, rien ne bouge, on fait les courses de Noël et on rentre au chaud, abrutis par nos journées de boulot et nos tâches quotidiennes.



Ce constat en regardant ma rétrospective 2013 selon Facebook : mon mur est une source d'inspiration pour quelqu'un à qui il manque un peu de courage pour passer à l'acte.

Pourtant me morfondre ce n'est pas mon truc, j'adore me marrer, ce n'est pas pour rien que j'ai choisi le mec le plus fun du monde !

J'ai envie de croire que personne n'est naïf ici, et que ceux qui nous dirigent sentent que nous les avons démasqués.
J'ai envie de croire qu'il va se passer quelque chose. Les médias sociaux nous ont permis de faire circuler l'information et l'indignation.

Alors ?

vendredi 7 juin 2013

Ne pas compter les points,

la vie c'est pas un match de boxe.



On n'est pas là pour rendre ce qu'on a pris dans la tronche, sinon on n'arriverait à rien nulle part, juste à se faire mal.

Oui j'ai eu mal et je pense que j'en encaisserai encore parfois.
Oui on peut dire "tu mérites mieux" mais on mérite tous mieux d'une certaine manière. Et c'est valable dans plein de domaines de la vie : est-ce que je mérite mon salaire, mon job, mon appart, ma famille ?
On peut prétendre à mieux mais on fait avec ce qu'on a. Même lui, il mérite mieux. Il m'a blessée, ce n'était pas intentionnel, il a fait ce qu'il pouvait, avec les valises qu'il se trimballe depuis l'enfance, avec le bordel d'où il vient, si encore on pouvait définir "là d'où il vient" parce que rien que ça, ce n'est pas clair. C'est pour dire.

Alors non, je ne compte pas les points. J'ai fait des trucs moches aussi, de mon côté. J'étais anéantie, il fallait que quelque chose en moi se manifeste, résiste, quitte à faire n'importe quoi. Je n'en suis pas fière mais je n'en suis pas mortifiée non plus. On avance.
On s'est quitté mille fois, on s'est retrouvé mille et une fois. Pour la première fois on se dit que c'est la bonne, même si on n'oublie pas que rien n'est jamais gagné définitivement.
Disons que pour le coup, on a de l'entraînement.

Sauf que là, on projette, on construit. C'est nouveau, ça fait du bien.

Il a fallu qu'on traverse ces ruines pour envisager ce qu'il pouvait y avoir de concret, de vrai entre nous, pour dépasser nos erreurs passées, nos dépendances qui nous rendent parfois pas clairs et nos vieilles attaches qui nous ont trop souvent pesé.
Il a fallu que je me dise que je ne devais rien à personne, que je m'affranchisse du regard des autres, de leur point de vue "objectif" et bienveillant et surtout que je prenne la mesure de ce que je vivais, moi, de l'intérieur. Avec tout ce que ça comporte de grand, beau et fort. Il a fallu que je fasse taire mon cynisme et ma pudeur qui voyaient ça comme de la mièvrerie et de la faiblesse.

Même complexe, même compliqué, c'est évident, c'est de l'amour tout simplement.




Et si l'on s'amuse que Liz ait épousé deux fois Richard, si l'on s'émeut devant des histoires tumultueuses qui sont les mythes fondateurs de notre culture occidentale, pourquoi celle d'une secrétaire médicale et d'un brancardier serait moins légitime, moins noble ?




mardi 28 mai 2013

En avoir ou pas.

Depuis toujours je subis cette double injonction : "tu fais comme tu veux, rien n'est obligatoire" / "mais ça serait tellement merveilleux"...



Forcément la question me travaille. Je dirais presque que c'est LA question.

Déjà quand j'étais petite, je voulais des jumelles rousses. Ou un bébé noir. Comme si ça commandait à Noël. Puis je dessinais la maison de mes rêves, avec toutes les chambres qu'il faut. Ensuite logiquement j'ai pas mal joué aux Sims. Avec cette jubilation de la projection d'une vie parfaite, d'une famille géniale (tous artistes, drôles et sociables), d'une maison démesurée surtout grace aux cheat codes, j'avoue.

Quelque part, je me suis toujours considérée comme pas assez adaptée ou conforme, trop cynique pour penser que ça me concernait aussi. Pourtant ma première séance chez le psy, à la fac, ma requête a été la suivante : "ce problème avec la bouffe, je veux que ça s'arrête avec moi, je ne veux pas le transmettre à mes enfants". Ah donc si en fait, ce projet existait quand-même, malgré mon déni ?

Après il y a eu toutes ces questions du style "mais où va le monde ?!" Comment serait-il possible de donner la vie dans ce contexte ? Environnement, crise économique, la société qui prend une pente rétrograde... puis mon contexte particulier, une certaine errance, l'envie d'ailleurs, la liberté pour ne pas dire l'instabilité, la dèche, le besoin de vivre au jour le jour. Ça ne serait pas sérieux.

Tombée amoureuse le projet prenait du sens, pourquoi pas mais "pour plus tard". Ce fameux moment propice qui n'arrive jamais, auquel les amis qui sont déjà parents me disent d'arrêter de croire.
Retombée amoureuse, le désir est apparu, impérieux. Fou, pas sérieux. Enthousiasmant et flippant en même temps. Un désir partagé en plus. Avec toute cette dimension magique du mélange de "nous" !

J'ai découvert le blog d'A N G E L il y a quelques années. J'ai lu avec attention les aventures de la Lutine et de Pitigasson. J'ai attendu avec impatiente l'arrivée de la Boulette. J'ai ri aux réparties de la Patate. Surtout j'ai réalisé qu'on pouvait avoir trois enfants et suivre un nombre incroyable de séries, jouer à Candy Crush et tenir un (des) blog(s). Même être instit, ce que je n'ai pas réussi à faire tellement la charge de travail m'a paru lourde (comparée au résultat, essentiellement).


Des gens comme ça, ça rassure, ça motive, ça inspire.

Ok ya Gandhi, Martin Luther King, Kumi Naidoo...

Mais il y a aussi les héros du quotidien, qui nous montrent qu'être parent ne signifie pas être coupé du monde, n'implique pas un renoncement total au fun, ne se vit pas comme un sacerdoce. Je sais, ya du boulot, ça demande de l'énergie ces ptits bouts de nous, ça coûte cher mais la vie avec eux, c'est chouette.

Alors oui. Je veux. J'espère. Je prierais presque si je croyais en quelque chose.

Et même si je n'ai jamais complètement réglé mon problème avec la bouffe, que je suis encore parfois un peu bancale, ça fait tellement longtemps que j'y pense que je suis prête, si on peut être prête à l'inconnu. Je sais que je ferai souvent les bons choix. Et parfois quelques conneries aussi, bien sûr.
Hey petit humain, c'est le bordel mais c'est la vie, on t'attend ! Tu arrives ou quoi ?

dimanche 24 février 2013

Moins zéro

Il neige sur Caen, je ne sais pas s'il pleut sur Nantes.


Mais voilà, cet hiver qui n'en finit pas, gris, moche, glauque me glace. Je tremble tout le temps, il paraît que c'est le froid, je ne m'en rends même plus compte.
Pourtant j'ai toujours bien aimé l'hiver : on a un bon pretexte pour reste à la maison, au chaud, sous la couette, à regarder des séries, à bouquiner, à discuter autour d'un thé. Le côté cocooning de cette saison a du charme. Et puis sortir pour marcher dans la neige qui crisse sous les chaussures, dans l'air vivifiant, ça a l'air chouette, comme ça, sur le papier.

En fait non. Devoir lutter en permanence contre les éléments, en l'occurrence le vent, la pluie, la neige, pour faire dix mètres en dix minutes, c'est drôle la première fois. Ensuite on regrette la fluidité des jours tempérés. Quand on s'habille en deux minutes chrono.

Et surtout le cocooning toute seule, c'est nul.

Voilà un grand tabou : la solitude.
Surtout de ma part. J'ai toujours clamé haut et fort que je ne m'ennuyais pas en ma propre compagnie. Au moins je suis d'accord avec moi-même, pas de conflit, pas d'embrouille, la tranquillité, la sérénité. Je suis tellement snob que ça me ressemble bien. Et c'est vrai en plus. J'ai fait quelques séjours volontaires en ermite, je me souviens, il y a une dizaine d'années. Je ne me sens pas désoeuvrée quand occasionnellement je passe quelques jours seule, avec un bouquin, la radio et s'il y a internet, alors c'est même pas que je ne m'ennuie pas, c'est que je ne vois pas le temps passer. Cette source infinie de savoir me fascine toujours autant, je peux m'y noyer si je ne reviens pas à la réalité de temps en temps.
Sauf que dans cette réalité je n'ai personne vers qui me tourner pour dire "Ah mais t'as vu ça ? Tu savais toi que ... ? C'est marrant, non ?"
Le désert, même pas l'écho, le rien, limite le tumbleweed qui passe. Interaction nulle : degré de vie équivalent.

En fait, ce n'est pas que j'ai un problème avec le fait de me retrouver seule, je n'ai pas d'angoisse face à mes pensées en roue libre, je suis paisible. Juste je m'ennuie si je ne partage pas. D'ailleurs ce blog, à l'origine, s'appelait "Des liens". Ce n'était pas pour rien, même si c'était un jeu de mot pourri entre "liens hyper texte" et "liens d'amitié".

Je ne pense pas que ce soit un besoin égocentrique de me faire écouter, d'avoir quelqu'un pour me sentir importante ou au moins comprise. Non c'est juste que les choses sont plus riches quand elles sont partagées. La mise en mot, la formulation leur donne une existence concrète. Elles existent d'autant plus qu'elles sont racontées, commentées, notées. Ces choses banales du quotidien ne sont que des micro-évènements, des détails qui constituent la matière, le tissu du présent qui passe. Mais elles restent abstraites quand elles ne sont que perceptions qui traversent l'esprit sans même devenir pensées. Le cerveau en mode automatique. Bosser, manger, dormir. Une vie de con quoi.

Pour le cocooning, c'est raté. J'ai froid, mon foyer est éteint.





samedi 9 février 2013

L'Inattendu, celui qui sourit


Celui qu'on attendait plus, là parmi les autres mais plus vivant, plus présent, juste parce qu'il sourit.
Celui qui me fait rire comme ce n'est pas arrivé depuis longtemps. On danse sur les SexPistols, on parle de tout et surtout de rien, on fait de la provoc à deux balles, on a quinze ans et on se dit qu'on a bien fait d'être là, à ce moment précis.
Rien de bien grave, rien de bien sérieux, pas de quoi oublier l'Autre qui me hantera for ever and ever. Au contraire. Une respiration, un élan, je suis en vie, j'ai envie.
Le plaisir de refuser les avances de celui qui ne recule pas devant l'ampleur de la tâche. Pas le premier venu, pas le dernier non plus, juste celui qui en vaut la peine dans le fond. Pour ce mélange jouissif de naïveté revendiquée, de sincérité et pour l'amour du fun qui abolit ces relations entre adultes, codifiées, banalisées, blasées.
Et ça fait un bien fou de tuer le cynisme de temps en temps. D'être là en live et non en différé, de s'incarner au lieu de supporter le temps qui passe à coup de vie par procuration (qui me procure de moins en moins de satisfaction, bizarrement)...
Du coup j'ai envie d'assumer mon premier degré et de reconsidérer mes priorités. On ne sait pas de quoi demain sera fait, c'est le mantra qui m'obsède depuis toujours. Prendre tout ce qu'il y a à prendre, dans les limites du respect de l'autre. Au quotidien, je sais de quoi j'ai besoin, ce que je veux et je ne l'ai pas. Sans avoir la certitude de construire quoi que ce soit. Rien n'est garanti, même après sacrifice.



L'Inattendu, c'est un choix que je ne fais pas mais qui me rappelle clairement ceux que j'ai faits et qui ne mènent à rien. On a le droit de changer d'avis comme de chemise, c'est une question d'hygiène.
Alors j'envoie tout chier, quitte à me retrouver avec des conséquences que je n'ai pas envie d'assumer.

Let's go !